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Le « nous » veut dire autre chose chez les Tojolabal

En terres tojolabal  par  Catherine Pizani

Le « nous » veut dire autre chose chez les Tojolabal. Il symbolise une pluralité de sujets qui se complètent dans un contexte dénué de rivalités. Le « nous » c’est moi, c’est l’autre, c’est le regard de l’animal, le murmure de la source, la vallée, la grotte. Le « nous »  est un tout harmonieux qui se respecte.

Les indiens Tojolabal vivent au Chiapas, près de la frontière du Guatemala. Ils font partie des nombreuses populations mayas que l’on rencontre dans le sud du Mexique. Ils sont environ 50 000 à 80 000 habitants, parlent leur langue et possèdent leur propre culture. Une culture très différente de la culture dominante métissée. Une vision du monde qui n’a pas attendu l’Occident pour faire valoir sa conscience écologique. La terre, leur terre, est une mère nourricière qu’ils respectent et protègent.

Pour les Tolojabal, la pensée vient du cœur. Les choses ont un cœur, les êtres vivants aussi, qu’ils soient dans l’au-delà ou sur la terre. Quand ils disent « je pense », ils veulent dire « mon cœur dit ». La notion de sujet-objet n’existe pas car chaque individu est un sujet, plaçant celui qui parle et celui qui écoute au même niveau.

Justice, éducation, prise de décision, résolution de conflits, tâches quotidiennes sont abordées en groupe. Celui qui dirige l’assemblée communautaire est aussi celui qui obéit à tous. Le pouvoir n’a rien de pyramidale mais se partage par consensus. La vie communautaire est leur identité, c’est une force qui leur a permis de survivre aux aléas de l’histoire même si l’histoire a souvent été violente envers les indiens du Mexique.

Ce sont des laboureurs, des travailleurs de la terre. Ils honorent la terre parce qu’elle est source de vie mais ils ne l’exploitent pas de façon systématique et individualiste. La terre est leur berceau. Sans terre, il n’y a ni communauté ni liberté. La Madre Tierra[i] n’est pas à vendre, elle est au-delà de tout pouvoir. La terre c’est eux, eux sont la terre.

Leur relation à la milpa[ii] est une relation fraternelle qui leur apporte nourriture, plaisir et tendresse. Pour ces indiens, la terre est une sœur généreuse, un être comme chacun d’entre eux qu’il faut choyer et à qui on rend visite. La terre aime corps et âme et cet amour est réciproque.

Pour les Tojolabal, la terre n’est pas une marchandise, les animaux ne sont pas des esclaves à quatre pattes mais des êtres à qui l’on parle avant de commencer la journée de labeur. Les Tojolabal n’accumulent pas de biens, ne contrôlent pas la nature et n’arrosent pas de pesticides les sols. La terre n’est pas à vendre car le concept même de commercialisation est une aberration dans leur culture. Les mots « pauvreté, richesse, argent » n’existent pas dans leur langue. Puisque l’humain a un cœur, la pierre aussi, ainsi que l’arbre. Vendre un arbre est un acte aussi violent que vendre un humain.

Le monde tojolabal est un microcosme fragile qui a subi plusieurs invasions depuis plus de 500 ans mais ne serait-il pas temps d’écouter ces peuples-tous ces peuples autochtones- quand ils parlent de leur relation à la nature ? L’agenda environnementale et écologique actuel est teinté d’urgence, il génère des crises de toutes parts, des remises en questions tous azimuts. Et pourtant, les premières réponses sont là, dans le regard de tous ces peuples…

Pour en savoir plus : Les Hommes véritables, Paroles et témoignages des Tojolabales, Indiens du Chiapas de Carlos Lenkersdorf 

                                               Crédit photo: Semitiel

Crédit photo : Toño Aguilar

[i] La Terre-Mère, la terre nourricière en espagnol

[ii] Le champ de maïs. Le maïs a toujours eu un rôle et une représentation historique importante au Mexique. C’est une plante mésoaméricaine qui a été découverte il y a environ 5000 ans avant J-C.

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