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Merci Transition Wallonie!: Cyril Dion: « Un immense merci au mouvement de la Transition »

Rien ne semble pouvoir arrêter le succès du film « Demain ». Avec plus d’un million de spectateurs en France, vainqueur du César du meilleur documentaire, projeté prochainement dans plus de 30 autres pays, le film a été reçu avec des ovations et a inspiré beaucoup de gens à se retrousser les manches et à s’engager à leur niveau.

Alors que dans le film, ce sont Mélanie Laurent et Cyril Dion qui interviewaient Rob Hopkins, ce dernier a inversé les rôles et échangé avec Cyril Dion il y a quelques semaines (voir l’article sur le site du Transition Network). Nous vous proposons les moments clés de cette rencontre, qui démarre par une présentation de Cyril.

Cyril DionJ’ai fait beaucoup de choses dans ma vie. J’ai été acteur pendant plusieurs années, à la sortie des études. J’ai également étudié la médecine naturelle, la réflexologie, et j’ai exercé ce métier dans plusieurs entreprises dont Warner Music et Sony Music. Je donnais des massages à des personnes terriblement stressées, qui avaient tellement peur de perdre leur emploi dans l’industrie de la musique, qu’ils pleuraient généralement après 10 minutes de massage, à cause du stress et des tensions !

J’ai organisé pendant cinq ans des congrès israélo-palestiniens. J’ai organisé les deux premiers Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix à Bruxelles et Séville. Nous avons essayé de rassembler environ 300 dirigeants, parmi les plus éminents représentants du monde musulman et juif pour les faire vivre ensemble pendant quatre jours. Ce fut une expérience incroyable.

J’ai passé sept ans à organiser un mouvement autour des idées de Pierre Rabhi, le mouvement Colibris. Au départ, j’étais seul dans un bureau et nous sommes maintenant 200.000 en France et dans d’autres pays francophones. J’ai également co-fondé un magazine appelé Kaizen, qui a pour objectif de montrer partout dans le monde des initiatives formidables qui essayent de réinventer la société. Je travaille également sur une collection de livres pour Actes-Sud, nommé « Domaine du Possible » .

Puis j’ai fait un burn-out. Je faisais trop de choses, j’essayais de sauver le monde – mais je ne peux pas sauver le monde tout seul. Ce fut une expérience particulière car au cours de l’été 2012, alors que j’étais effondré à l’intérieur, je lisais l’étude que nous mentionnons au début du film, qui parle de l’effondrement possible de nos sociétés avant 2100. Les deux choses semblaient se faire face et se répondre. Je me suis dit que je devais juste faire ce dont je rêvais depuis tant d’années. J’écris depuis toujours – j’ai publié un livre de poésie l’année dernière. J’ai désespérément besoin de créer. J’ai compris que je devais réunir les deux choses les plus importantes dans ma vie: la création et le militantisme. C’est à ce moment que j’ai décidé de réaliser ce film, que j’étais en train d’écrire depuis deux ou trois ans. Je me suis dit: «OK, c’est le moment de le faire. » Et je l’ai fait.

Melanie and Cyril visitent Rob à Totnes pour le film "Demain"

Melanie et Cyril visitent Rob à Totnes pour le film « Demain »

Mon message au mouvement de la Transition est un énorme «Merci !». La Transition est un mouvement qui m’a beaucoup inspiré. Quand j’ai découvert la Transition en 2008, je me suis dit « Wow, nous essayons de faire exactement la même chose en France avec les Colibris » – incroyable. Mais en réalité, j’ai découvert beaucoup de choses nouvelles dans la Transition, surtout quand je suis venu vous voir, Ben, toi, et les transitionneurs de Totnes en 2008, la première fois. J’ai encore mes notes: « Je veux revenir pour faire un film dans ce lieu ».

Ce qui m’a beaucoup inspiré, c’est l’idée de partager un récit, de raconter une histoire. Je pense que ce principe, je l’ai reçu de vous, en partie. De vous et d’autres personnes, mais vous étiez les personnes qui ne cessaient de le répéter. Cela m’a beaucoup inspiré car j’ai senti que c’était vraiment quelque-chose de puissant.

Je suis vraiment inspiré par ce mouvement qui n’essaye pas de changer le monde. Il essaye de rassembler les gens et je me souviens encore de cette phrase – je ne me souviens pas si elle est de toi Rob, ou de Ben:

« La chose la plus importante dans ce mouvement est la dimension sociale.
C’est le fait de rassembler les gens.
Parce que si nous devions vraiment être en difficulté durant la prochaine décennie,
nous aurons besoin de connaître nos voisins et de travailler ensemble ».

Et je me rappelle toujours de cela. À moment donné, je pensais même faire un film sur le mouvement de la Transition. Ensuite, je me suis dit que le mouvement de la Transition était partout. Non seulement à travers le Réseau Transition et son logo, mais, pour moi, à travers toutes ces personnes que nous sommes allés voir dans le monde entier. Ils font partie du mouvement de la Transition, même s’ils ne le savent pas. Ce fut une sensation incroyable de me rendre compte que tous ces gens sont en train de faire la même chose, sans se connaître, à de nombreux points du globe et avec la même vision de l’avenir. Tout ce que vous avez fait dans le mouvement de la Transition, a été une grande, grande source d’inspiration pour ce film. Donc, je suis vraiment heureux s’il est maintenant un outil que vous pouvez utiliser et s’il aide le mouvement de se développer.

Partout où nous allions, nous pensions que nous allions voir des choses spectaculaires. Et nous n’en avons pas vu, en fait. A chaque fois, nous avons réalisé que la chose la plus importante au sein des initiatives que nous tournions étaient les personnes. Certaines de ces histoires que nous ont touchés d’une manière différente, chacun en fonction de sa propre sensibilité. Personnellement, j’ai vraiment été choqué par Detroit, parce que c’est vraiment une expérience choquante d’y aller. Vous marchez dans une ville fantôme la plupart du temps. Il y a cette sorte de fascination pour les ruines, pour l’effondrement de la civilisation. Vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que cela pourrait nous arriver.

Ferme urbaine à Détroit. Du film "Demain"

Ferme urbaine à Détroit. Du film « Demain »

L’autre histoire qui m’a touché beaucoup était l’école en Finlande, parce que je détestais tellement l’école, en tant qu’enfant. Lors du tournage, j’ai ressenti comme un mélange de colère et de joie. La colère de ne pas avoir connu une école comme ça quand j’étais un enfant, et de ne pas avoir une école comme ça au fond de mon jardin pour mes enfants. J’étais vraiment impressionné par l’atmosphère dans l’école. Pas tant par l’enseignement mais par la façon dont les gens se sentaient là-bas. On pouvait percevoir que les gens se sentaient vraiment bien.

L’impact principal de « Demain » sur ma vie est que je voyage beaucoup. Le dernier avion que j’avais pris, c’était en 2007 je crois. Depuis que nous avons commencé le film, je suis dans un avion ou dans un train tout le temps; c’est quelque chose que je n’aime pas beaucoup, même si il est bon de rencontrer toutes ces personnes. Les gens me reconnaissent dans la rue, et me poursuivent pour me remercier. C’est parfois très émouvant, et parfois aussi vous souhaitez juste être anonyme et tranquille.

Le gouvernement français m’a demandé d’être l’un des conseillers de Ségolène Royal, ministre de l’écologie. J’ai refusé parce qu’ils voulaient saisir le succès du film, l’utiliser pour leur publicité. Nous avons maintenant un vif débat en France sur de nombreux sujets – au sujet de l’énergie nucléaire, au sujet des pesticides. Il y a un débat en ce moment au parlement à ce sujet, et les parlementaires sont vraiment décevants. Ils ont beaucoup parlé de nous, en disant que le film était super, qu’ils voulaient travailler avec nous, et en fin de compte exactement l’inverse. Il ne faut pas dépenser trop d’énergie avec ces gens, à mon avis.

D’autre part, nous voyons beaucoup de choses bouger dans les villes et les villages. Nous avons organisé six ou sept séances avec des politiciens de toutes les régions de France. Là où je vis, à la Rochelle, à Grenoble, dans le sud, près de Saint-Tropez, il est vraiment surprenant de voir combien d’entre eux sont venus et veulent changer les choses.

Pour l’instant, il nous est impossible de recueillir tout ce qui se passe. Nous recevons entre 50 et 100 messages par jour de personnes nous demandant de venir pour soutenir leurs initiatives ou pour nous parler de ce qu’ils ont fait dans leur vie ou dans l’endroit où ils vivent. C’est incroyable. J’ai rencontré la semaine dernière une femme qui m’a dit qu’elle avait vu le film, qu’elle travaillait alors dans l’agriculture intensive et qu’elle a décidé de tout quitter pour se lancer en permaculture. Elle s’est en fait séparée de son mari parce qu’il ne voulait pas changer ! Elle a dit « OK – J’ai passé 20 ans avec toi et maintenant, c’est fini, je ne veux pas faire ça. Je ne veux pas le faire, et si l’on doit se séparer, je le ferai. » Et elle l’a fait. Elle est juste venue me dire qu’elle était heureuse. C’est incroyable. Ce qui est vraiment passionnant, c’est que vous ne pouvez pas imaginer l’impact qu’un seul film peut parfois avoir sur la vie des gens.

Lorsque vous entendez les histoires des gens, c’est extraordinaire. C’est incroyable. En fait, j’ai pleuré quand cette dame est venue. Non seulement à cause de son histoire, mais à cause de l’impact que cela peut avoir. Je me suis dit à moi-même: « Mon dieu, c’était la bonne chose à faire. »

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Je suis déjà en train d’écrire un nouveau film. Ça va être plus facile de le financer maintenant! Il s’agira d’une fiction, avec des acteurs. Je voudrais raconter l’étape suivante, parce que dans le monde entier, les personnes que nous avons rencontrées, comme toi, nous ont souvent dit à un moment donné « Si nous avons seulement 20 ans devant nous, et si nous voulons que les choses bougent très vite, à un moment donné, nous devrons nous rassembler à une plus grande échelle. Pour être des millions de personnes de saisir à nouveau ce pouvoir, à l’échelle locale, mais aussi à l’échelle nationale et internationale ».

J’adorerais que les gens sortent du prochain film en disant: «Ok, faisons-le. Faisons ce genre de révolution, ou soi-disant révolution.» Je suis vraiment intéressé par cela, par la façon dont cela pourrait se produire. Pas à l’ancienne, à travers une révolution où nous remplacerions un tyran par un autre. Mais imaginer comment les gens peuvent, d’une manière non-violente et très  puissante, changer le système. Et comme cela n’existe pas encore vraiment aujourd’hui, je suppose que nous devons l’imaginer et l’écrire.

demain-melanie-cyrilLa question de savoir si Melanie et moi sommes en couple est une grande question dans le monde entier, en particulier dans les tabloïds en France! Nous ne le sommes pas. Nous sommes de très bons amis. «Demain» a affecté les choix qu’elle fait maintenant. Elle est devenue végétarienne quelques mois après moi. Elle disait, « Ok, maintenant, à quoi je ressemble? Tu es devenu végétarien et je ne le suis pas. » Elle ne vit plus de la même manière dans sa vie de tous les jours. Elle ne fait plus les mêmes choix sur les endroits où fait ses achats, sur la façon dont elle éduque son fils.

Elle ne fait plus de publicité non plus. Nous avons eu une grande conversation à propos de la publicité qui est un outil très puissant du modèle actuel de consommation. Ce fut un choix important à prendre. La plupart des acteurs et actrices font de la publicité pour leur image, pas seulement pour l’argent. Quand elle a décidé de mettre fin à la pub, elle a dit à ses agents de ne plus accepter d’offre dans ce domaine. Son agent lui a répondu, « Hein? Quoi? Pardon? Pourquoi? Pourquoi?  » C’était drôle. Elle est assez fière de ça maintenant.

Il y a quelques semaines, une grande entreprise de cosmétiques lui a demandé d’être l’une des filles sur leur publicité et elle a répondu négativement. Elle a dit: «Je ne veux pas être votre image pour de nombreuses raisons, notamment à cause de ce que vous faites avec les animaux, mais aussi parce que vous essayez de tout détruire dans le monde, juste pour être un grand leader. » Pour avoir deux milliards de clients et ainsi de suite. Je suis fier de ce qu’elle a fait.

En fait, ce qui me rend optimiste n’est pas ce que nous avons vu pendant le tournage, parce que je connaissais à peu près les choses que nous allions voir. Qu’est-ce qui me rend très optimiste est la réaction du public. Nous avons atteint le million de spectateurs en France.

Le film va être diffusé dans 30 pays. Cela me donne l’impression que beaucoup, beaucoup de gens sont prêts à faire quelque chose si nous leur racontons la bonne histoire. Si nous leur faisons la bonne offre, je dirais.

Beaucoup de partis politiques sont venus me voir pour avoir une conversation à ce sujet au cours des dernières semaines. Je viens de leur dire qu’ils ne font aucune offre intéressante aux citoyens. Ceux-ci ne veulent tout simplement pas être avec vous, mais cela ne signifie pas qu’ils ne veulent pas changer la société. C’est qu’ils ne sont pas intéressés par les choses dont vous parlez. Vous ne l’avez pas tourné dans le bon sens. Je pense que cela va être un vrai défi à l’avenir. Parce que nous voyons que les gens veulent vraiment se bouger.

Voir l’article original de Rob Hopkins sur le site du Transition Network

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