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Territoires energéthiques : lettre d’information n°20

Nous publions ci-dessous la lettre n°20 de Territoires Energéthiques parue le 30 mai, rédigée par Marc Théry :

Énergéthiquement vôtre

MT

Beaucoup de tendances se confirment et s’accélèrent, sauf pour ceux qui s’obstinent à faire du surplace, dans des modèles éculés. Malheureusement, quand c’est toute une classe dirigeante, ça peut faire des dégâts. L’énergie suit maintenant les voies empruntées il y a peu par les communications, par l’information, moins (con)descendantes, plus proches des particuliers, moins centralisées : il serait peut-être temps d’en prendre conscience.

Très bonne lecture.

Energitorial

Loi de transition énergétique : l’art du possible jusqu’à l’absurde impossible.

Il n’est sans doute pas bon de se pencher sur les débats de nos représentations nationales, surtout quand elles traitent de questions très disputées : on en retire l’image d’une chicaya de cour d’école, ou de basse-cour, comme l’a dit naguère un homme politique, entre ces ministres de la parole que sont nos représentants, qui promettent tant et tant pour se faire élire, et causent, et causent, n’en peuvent mais, en savent moins encore, pour le plus grand profit des lobbies qui les animent (manipulation consentie). Le débat sur la loi TECV (Transition Énergétique pour la Croissance Verte) qui vient de se dérouler à l’assemblée nationale du 19 au 21 mai, dernier round de l’élaboration de la loi portée par Madame Royale, en est l’exemple archétypique. Entre les uns qui se congratulent pour ce qu’ils ont réalisé et les propositions pharamineuses de leur projet de loi, et les autres qui interjettent et objectent souvent avec des arguments « à faire hennir les constellations » tant ils manifestent de méconnaissance, ou de connaissance biaisée du sujet, on finit par aboutir à un assemblage complexe, disparate, un peu sans queue ni tête, ni colonne vertébrale d’ailleurs, qui va servir quelques mois de fil conducteur (?) à notre politique énergétique, en attendant « l’alternance », quand, quelle que soit la faction, on détricotera ça pour aboutir à un « truc » contraire, c’est-à-dire. sans tête ni queue, et guère plus de colonne vertébrale.

En fait, on pourrait penser à des querelles de gamins, propres à un pays infantilisé, incapable d’atteindre un accord recueillant le large consensus obtenu sur ce thème dans nombre de pays, mais c’est plutôt l’expression du tiraillement entre de puissants groupes de pression et une opinion publique dont, malgré le matraquage médiatique payé par les lobbies, une large minorité agissante leur est opposée. Les principales aberrations tournent notamment autour des points suivants :

  • La place du nucléaire, et, par soustraction, celle des énergies renouvelables. La question était bien d’en lâcher le minimum pour ne pas se mettre à dos la CGT et les agents d’EDF, et encourager le lobby industrialo-administratif du nucléaire « français » auquel nous devons tant(…), tout en désamorçant autant que possible les activistes anti nucléaires. C’est un savant mixage, en essayant de donner l’impression aux uns qu’il y reste beaucoup de nucléaire, et aux autres que les énergies renouvelables progressent. Il est possible de maintenir le nucléaire à son niveau actuel (63 GW) tout en réduisant sa part, parce que l’abandon des énergies fossiles, productrice de GES va se faire par transfert vers l’électricité, notamment dans le transport. Mais ce sont deux systèmes incompatibles, comme l’ont abondamment démontré les Allemands et d’autres, et soyons sûrs qu’on nous garantit ainsi le maximum de dépenses et de gâchis : le maintien à flot d’une filière nucléaire de plus en plus problématique, des énergies renouvelables que nous réussissons à faire 30 à 50% plus cher que nos voisins, du stockage indispensable dans les deux cas et force lignes HT indispensables au nucléaire. La totale !
  • L’indépendance énergétique : pour ce qui est du nucléaire, non seulement toute la matière première du combustible, l’uranium, est déjà importée, venant de gisements que nous devons protéger militairement à grands frais, mais notre « champion » national, Areva, dont nous connaissons les nombreux mécomptes, va devoir vendre les gisements dont il était propriétaire. Pour ce qui est des énergies renouvelables, si l’énergie primaire est en principe « nationale » (vent, soleil, bois, biomasse), la plus grande partie des dispositifs qui permettent de les exploiter dans des conditions économiques est importée : éoliennes, panneaux photovoltaïques, chaudières, méthaniseurs. Même les récents fleurons développés à grand renfort de contrats exorbitants dans l’éolien offshore passent sous pavillon étranger, alors qu’ils étaient déjà en grosse partie positionnés à l’étranger : Les éoliennes d’Areva, produites à Bremerhaven, qui passent chez l’espagnol Gamesa, et celles d’Alstom, qui sont dans le paquet vendu à l’américain GE qui ne sait trop qu’en faire. On passe de la dépendance de l’énergie primaire (combustibles fossiles) à la dépendance pour la fourniture des machines. C’est sans doute un truc qu’on finira par appeler l’ « indépenditude ».
  • Les emplois « pour la croissance verte » : en relation directe avec ce qui précède, il est clair que, autant l’extraction du charbon ou l’industrie pétrolière étaient créateurs d’emplois, autant le vent ou le soleil, comme énergies primaires, n’appellent aucune transformation manufacturière. Elles sont à la disposition de tout un chacun. Une grosse partie de la valeur ajoutée est dans les matériels, et ne contribuera donc pas à la croissance verte chère à la ministre, puisque l’essentiel est importé.
  • Les économies d’énergie dans le bâtiment : c’est la partie la plus consensuelle, parce qu’on n’y est pas contraint par le dogme nucléaire et les tabous de la loi de 1946 sur la nationalisation de l’électricité (abrogée, mais instillée dans tous les textes récents). C’est une promesse de montants colossaux qui vont passer dans des chantiers, donnant du grain à moudre à tout le secteur du bâtiment, mais la rentabilité réelle n’est pas du tout établie (c’est-à-dire le retour sur investissement), et la « base » traîne déjà les pieds, considérant l’objectif (500 000 rénovations par an dès 2017, soit environ une par an pour 120 habitants, pour ramener à une échelle territoriale) comme vraiment irréaliste.

Il y aurait quantité d’autres remarques à faire, sur un texte dont un des objectifs est de faire le buzz d’ici la conférence COP 21 de décembre, accompagné d’autres dispositifs sur lesquels il est abondamment communiqué. Les médias vont nous disséquer le contenu technique de cette loi votée le 26 mai, mais c’est bien son économie générale et les principes de ses compromis qui comptent. et sont plus qu’inquiétants, parce qu’ils trahissent l’absence de direction claire.

L’énergie juste !

Sommaire

  1. Les projets de nos territoires
    • La filière bois-énergie et le réseau de chaleur de Combourg : cinq mois d’exploitation.
  2. La transition en France et dans le monde
    • Allons-nous vers l’autonomie électrique des particuliers et la déconnexion massive des réseaux ?
  3. Chroniques de la transition heureuse
    • La démarche de la communauté de communes de Vitry, Champagne et Der dans le pays Vitryat.
  4. A vous de jouer !
    • On retrousse les manches, on ne lâche rien !

1.    Les projets de nos territoires

La filière bois-énergie et le réseau de chaleur de Combourg : cinq mois d’exploitation.

CCBR

Depuis le mois de janvier, la filière fonctionne, depuis le bois jusqu’à la chaleur, livrée, pour commencer, à seulement deux bâtiments : la piscine et le complexe sportif. Progressivement les autres vont suivre : collège, lycée, groupe scolaire, CPSA et Hyper U. C’est plus confortable de démarrer petit à petit, surtout quand ça a été bien planifié. L’avantage évident est de pouvoir faire les ajustements à moindre échelle, notamment pour le combustible dont on découvre alors les incompatibilités avec les chaudières et le système de manutention. En fait, la filière gère de multiples sources d’approvisionnement (cinq ou six), avec chacune ses caractéristiques. et ses problèmes : trop de fines, trop de queues, mal séché. Tous ceux qui ont vécu cette expérience le savent, sauf bien sûr ceux qui préfèrent acheter des plaquettes séchées et criblées au quart de poil, coûtant deux fois plus cher (jusqu’à 35 à 40 ?/MWh). Ce n’est pas l’option choisie à Combourg et le début de l’année a permis de mettre au point quelques-unes des sources d’approvisionnement, notamment la scierie.

Comme, en fait, la montée en régime du réseau de chaleur n’avait pas été vraiment planifiée finement, la plateforme de stockage des plaquettes s’est trouvée complètement engorgée, avec une problématique de séchage, puisque une partie du stock s’est retrouvée dehors, sous l’eau. Mais tout finit par se régulariser et le fonctionnement de cette magnifique installation est dès maintenant satisfaisant, sans interruptions ni recours au secours par les chaudières au gaz.

Une autre bonne nouvelle vient de l’approvisionnement venant des taillis à très courte rotation (TTCR) : honnêtement, la configuration de la plantation pose bien des problèmes d’exploitation et provoque notamment des dommages considérables aux pieds lors de la récolte. Mais la bonne surprise est que malgré ces dommages, la reprise des pieds semble se faire très correctement, au moins pour les bois tendres.

Beaucoup d’enseignements, donc, à tirer de ce démarrage qui en réserve encore bien d’autres sans doute. Rappelons que la chaufferie comprend deux chaudières de 750 kW à recirculation des fumées, et qu’elle consommera environ, à plein régime, 1500 t de bois sec par an (5,5 GWh d’énergie primaire). Le réseau s’étend sur 1,6 km.

Il y a aussi des réseaux dont le démarrage est beaucoup plus cahoteux, avec parfois des problèmes de fond, de conception, qui mettent beaucoup de temps à trouver solution. Nous aurons l’occasion d’en parler aussi : c’est de ces expériences qu’on apprend le plus, et il ne faut pas se décourager.

2.   La transition en France et dans le monde

Allons-nous vers l’autonomie électrique des particuliers et la déconnexion massive des réseaux ?

Autruches

C’est une question qui aurait semblé complètement loufoque il y a encore très peu de temps, mais qui se pose maintenant très concrètement dans de nombreux pays, tous ceux qui sont dotés d’un ensoleillement généreux, en dessous du 40e parallèle : Australie, sud des USA, et, bien sûr, tous les pays « du sud », mal dotés en infrastructures, et pour lesquels les conditions économiques nouvelles du photovoltaïque et du stockage batterie est une bénédiction. Dans les pays déjà bien structurés, c’est une lutte sans merci entre les propriétaires et gestionnaires de réseaux et d’outils de production centralisés, et les nouveaux entrants, fournisseurs d’installations autonomes clé en main, qui ont actuellement la faveur des consommateurs. En effet, ils apportent désormais à la fois des prix plus que compétitifs, grâce aux baisses phénoménales des coûts qui sont loin d’être achevées, un sentiment de plus grande sécurité, dû à la proximité de la source, et une plus grande responsabilisation face à l’usage de l’électricité et de l’environnement.

Face à ce mouvement de fond qui les menace directement, d’autant plus que beaucoup ne l’ont pas senti arriver, les industriels de l’électricité « ancienne », à tous les niveaux, essaient de faire barrage, en commençant par des manœuvres de lobbyisme auprès des pouvoirs publics dont ils sont souvent proches. Ainsi, plusieurs pays et états des USA vont dans le sens de taxation des installations non raccordées, pour soutenir l’équilibre des infrastructures publiques. Ceci ne permettra à mon avis pas d’endiguer le mouvement, parce que les prix sont à la baisse (le prix des panneaux PV va encore baisser de 25% dans les deux ans qui viennent, et celui du stockage sur batterie peut-être de moitié), et l’écart risque d’être malgré tout bien important, argument aujourd’hui imparable, quand l’économique submerge tout. Pour être franc, d’un point de vue d’économie globale, entre le réseau tout centralisé, modèle français, et l’autonomie totale des particuliers, il y a certainement des solutions intermédiaires beaucoup plus performantes pour tous. Mais encore faudrait-il que les gestionnaires de réseaux, leurs concepteurs et les concédants (états, collectivités) acceptent de faire évoluer leur vision de l’approvisionnement électrique et le rapproche autant que possible du consommateur, avec les avantages qui en découleraient pour lui. Ce n’est malheureusement pas le cas dans de nombreux pays, et on s’y acheminera donc vers la solution extrême, la déconnexion, sauf à l’interdire, bien entendu, en droit ou en fait par une hypertaxation difficilement justifiables.

La question va se poser progressivement en remontant dans les latitudes, c’est-à-dire rapidement en Europe tempérée, entre les 40e et le 50e parallèles, selon les conditions climatiques et les prix pratiqués pour l’électricité. Elle se pose déjà en Allemagne, en Autriche, où à la fois les prix de l’électricité peuvent être élevés, l’attitude des pouvoirs publics pas trop hostile, mais où également les grands acteurs s’y préparent depuis longtemps, dans le cadre d’une transition énergétique bien assumée et cohérente. Elle se posera inévitablement, tôt ou tard en France, même si les prix de l’électricité ont longtemps été maintenus artificiellement bas par la fiscalisation de certains coûts. Ce n’est plus tenable et l’état, qui est aussi de très loin l’actionnaire majoritaire de tout le secteur de l’énergie, de la construction à l’exploitation, ne pourra plus masquer la hausse des coûts réels. On note d’ailleurs un vrai frémissement des expériences d’autonomisation chez nous, qui ne pourra que s’amplifier avec la baisse simultanée des prix du photovoltaïque et des systèmes de stockage. On peut faire confiance à l’état et aux gouvernements successifs, sous la pression des lobbies de l’énergie, pour tout mettre en œuvre, « au nom de l’intérêt supérieur de la nation et de l’industrie française » (air connu), pour s’opposer au mouvement. Il n’en résultera qu’un retard accru de notre système énergétique et de notre industrie qui se sera tenue à l’écart d’une évolution favorable, planétaire, notamment mise en œuvre dans tous les pays émergents.

Que voilà une aventure, une confrontation intéressante à suivre, qui ne donne que plus de valeur aux expériences territoriales intermédiaires qui devraient, chez des gens raisonnables, ouvrir sur les solutions optimales de demain.

3.   Chroniques de la transition heureuse

La démarche de la communauté de communes de Vitry, Champagne et Der dans le pays Vitryat

VCD

C’est un territoire situé dans l’est du département de la Marne, entre Champagne crayeuse et Champagne humide, autour la vallée de la Marne. Le pays Vitryat compte 50 000 habitants, dont la moitié dans la communauté de communes de Vitry, Champagne et Der, qui s’étend sur 500 km², et 14 000 à Vitry le François. Ils sont très fiers d’avoir quelques ha de vignobles de la prestigieuse appellation, tout à son extrémité, mais l’activité agricole est plutôt de grande culture, dans un relief aux ondulations douces. La frontière avec la Haute-Marne, près de Saint Dizier, est en partie couverte par le lac de Der-Chantecoq, retenue artificielle pour la régulation du cours de la Marne, d’une superficie de 50 km². La densité de population est faible en campagne et l’habitat groupé.

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vitry
CCVCD

La ville vit de peu et sa situation économique n’est pas des plus brillantes, comme celle de cette région. Il était donc naturel qu’elle cherche à optimiser l’exploitation de ses ressources locales, notamment énergétiques : la configuration s’est prêtée au développement de l’éolien et, de projet en projet, il se produit déjà sur le territoire de la communauté de communes 365 GWh d’électricité éolienne par an, soit près du quart de la consommation énergétique totale, et cette production pourrait doubler d’ici 2020. Le territoire dispose également de bois et de biomasse, et, au terme de trois ans de réflexion, la communauté de commune a sorti en 2014 un projet énergétique complet, comportant des volets économies d’énergie, développement de la production, avec plus d’éoliennes, des réseaux de chaleur au bois étendus et nouveaux, de la méthanisation : une exploitation rigoureuse des ressources et des gisements d’économie, des dispositions de maîtrise de la demande/smartgrid et un peu de stockage par des installations de froid, de la micro-hydraulique. Voilà un territoire qui se retrouvera proche de l’autosuffisance, tout au moins numériquement, parce qu’il reste dans la gestion classique du réseau électrique, avec EDF comme partenaire principal de sa démarche. Il n’est qu’au début de ce processus structuré, mais les premiers pas sont les plus durs.

Ceci méritait bien qu’il se retrouve sous les projecteurs, à l’occasion de l’appel à projets « Territoires à énergie positive pour la croissance verte », en compagnie de quelques autres dont nous avons déjà parlé il y a quelques années, comme le pays de Haute Saintonge, autour de Jonzac en Charente, avec son maire emblématique, Claude Belot, à l’œuvre depuis bien des année.

4.   A vous de jouer !

On retrousse les manches, on ne lâche rien !

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