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Totness enlève le haut… par Olivier Cabanel

Totness enlève le haut…

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/etonnant/article/totness-enleve-le-haut-155383 par olivier cabanel (son site)
mardi 12 août 2014

Totnes, ce n’est pas le nom d’une des Femens, ces militantes qui pour protester, exhibent leurs poitrines dans des lieux improbables, mais celui d’une petite ville britannique qui est la première et la plus avancée de toutes les « villes en transition ».
Au moment où la nouvelle ministre de l’environnement, Ségolène Royal, vient de proposer son programme de transition énergétique, 27 mois après l’accession au pouvoir de François Hollande, programme largement critiqué par les mouvances écologistes de tout bord, tant pour son « flou artistique » en matière nucléaire, que pour son projet de voiture électrique qui va booster la consommation électrique, et donc le nucléaire, (lien) une petite ville anglaise a pris le taureau par les cornes, et sans attendre des lendemains qui déchantent, à réussi son pari : réussir la transition écologique toute seule.
Comme le rappellait Floran Augagneur, dans l’émission de France Culture « les révolutions invisibles », nous sommes dans le concept des « villes en transition », et on vient de loin pour voir Totnes, dans le Devon, au sud de l’Angleterre, petite ville de 8500 habitants, ou l’on pratique la fameuse permaculture, cette pratique qui veut tourner le dos aux cultures annuelles et à la monoculture, au profit de systèmes agricoles beaucoup plus intensifs, mais pas seulement. lien
Rendons à César ce qui lui appartient, c’est à Rob Hopkins, enseignant en permaculture, nommé au rang de « Ashoka Fellow », que l’on doit cette innovation, puisqu’il avait crée le modèle de transition avec ses étudiants dans la ville de Kinsale, en Irlande.Rob Hopkins a donc publié en 2008 son « transition Handbook » traduit et disponible sous le nom de Manuel de Transition (éditions Ecosociété-2010). lien
Pour résumer en quelques mots cet ouvrage essentiel, Hopkins y raconte le point de départ de sa réflexion, dans la vallée de Hunza, en Himalaya (dont j’avais proposé en 2008 un article sur le thème de l’eau de jouvence, puisque l’eau de ce site était d’une pureté exceptionnelle), constatant que les habitants de cette vallée vivaient à l’intérieur de ses limites géographiques, y développant des techniques subtiles leur permettant l’autarcie.
« Tous les déchets, y compris les excréments humains, étaient soigneusement compostés et retournaient à la terre. Les terrasses construites sur les flancs de montagne étaient irriguées avec une précision stupéfiante par un réseau de canaux. Il y avait des abricotiers partout, de même que des cerisiers, des pommiers et d’autres arbres fruitiers. Des pommes de terre, de l’orge, du blé et d’autres légumes poussaient sous ces arbres et autour. Les gens avaient l’air de toujours avoir le temps de s’arrêter et passer du temps avec les enfants qui couraient pieds nus à travers champs. Hunza est tout simplement l’endroit le plus beau, le plus tranquille, le plus heureux et béni d’abondance que j’aie jamais visité auparavant et depuis lors ». lien
Né dans les années 70, suite à la première crise pétrolière, ce concept a longtemps piétiné, avant de s’élargir pour prendre celui de la culture de la permanence, la permaculture, ne se limitant pas à l’agriculture, mais aussi au transport, à l’énergie, la construction, l’activité sociale ou culturelle…en proposant d’autres manières de faire, avec un objectif clair, la transition vers la transformation progressive de la société.
C’est ce qui se passe aujourd’hui à Totness, ou l’on vise l’autonomie énergétique totale en 2030 et aussi à l’autarcie alimentaire.
Les chauffe-eau y sont solaires, l’électricité éolienne ou photovoltaïque, la monnaie est locale incitant à consommer sur place, et les véhicules sont alimentés par la transformation de déchets organiques, permettant la production de méthane, lequel devient carburant.
Cette expérience montre comment un petit groupe peut responsabiliser l’ensemble d’une communauté, lui permettant de devenir actrice de son futur, sans attendre que tous les habitants de la planète se mettent un jour au diapason. lien
Totnes, les haies ont été réhabilitées, les pâturages sont gérés avec tendresse, et les liens sont étroits entre les plantes, la faune, et les humains. lien
On y découvre des « jardins forestiers », on tisse le chanvre et le lin, on échange les semences, (ce qui est devenu légal il y a peu) les parcs sont plantés d’arbres fruitiers, les communautés vivent en étroite harmonie, décidées à respecter la planète, ayant une empreinte carbone minimale, et on y vient du monde entier pour tenter de profiter de cette expérience réussie, afin de la reproduire ailleurs. lien
En France, plusieurs communes sont tentées par l’expérience de la permaculture, et l’association « Brin de paille » est prête à distiller ses conseils au sein del’Université Populaire de Permaculture. Cette université propose de mettre en place la permaculture à tous les niveaux, de celui d’une ville, à celui d’un potager, en passant par un balcon, une ferme, un quartier, un village. lien
On découvre en permaculture des méthodes de culture plus surprenantes les unes que les autres, comme par exemple celle des pommes de terre cultivée sous une tonte de gazon. Je l’ai expérimenté personnellement avec succès, et on peut être surpris que ça ne soit pas pratiqué régulièrement, tant la méthode est simple. On pose sur le sol des pommes de terre en train de germer, on recouvre avec l’herbe coupée d’un gazon, voire de paille, et c’est pratiquement tout. Dans ces nouvelles pratiques de culture, les plantes aromatiques, médicinales, voisinant avec tous les légumes, on peut aussi ajouter au matériau couvrant les tubercules, des feuilles de consoude, riches en potasse. Détails sur ce lien
Quelques semaines après, on peut faire sans beaucoup d’efforts, une belle récolte de pommes de terre de jolie taille, toute propres. lien
Une méthode originale consiste à les faire pousser sous de grandes feuilles de carton. lien
Mais le projet de villes et villages en transition ne concerne pas que la culture des fruits, des légumes, il s’agit aussi de réduire puis d’abandonner la consommation d’énergie fossile, de penser l’économie aux couleurs du local, d’acquérir les connaissances qui permettront de réaliser la transition et de produire et consommer sur place chaque fois que c’est possible. En privant les grandes surfaces de clients, on limite aussi le transport des marchandises, et la pollution qu’il génère. Ce qui explique aussi la création de monnaies locales ne permettant que de vendre, ou d’acheter, des produits fabriqués sur place. lien
Il s’agit aussi de progresser en matière de santé, car en consommant des produits sains, de saison, on échappe aux poisons que nous distille l’agriculture intensive, et on renforce notre organisme, nous permettant d’être moins exposés à toutes les maladies de ce siècle, et au lobby de bigpharma, d’autant qu’au milieu des légumes qui poussent en harmonie les uns avec les autres, se trouvent aussi des plantes dites médicinales.
Aujourd’hui, on dénombre plus de 2500 initiatives de Transition dans le monde, dont 150 en France, réunies dans le Réseau International de la Transitionlien
Tout cela rejoint bien sur le parti de la décroissance, cher à Paul Ariès, le politologue et rédacteur en chef du mensuel «  les Z’indigné(e)s » puisque ses préoccupations sont convergentes, passant par la lutte contre l’obsolescence programmée, la fabrication de produits durables, chantre aussi de la gratuité et du revenu social démonétarisé. lien
On sait que le niveau de production de pétrole de 2006 ne sera jamais atteint, positionnant le symbolique point appelé « pic », amenant une fatale et régulière augmentation du prix du carburant et qu’un jour ou l’autre, malgré les promesses mirifiques défendues par les lobbys en énergies fossile, s’appuyant sur des forages de plus en plus profonds, dans les milieux de plus en plus sensibles, ou sur des technologies contestables et décevantes comme les « gaz de schiste », il faudra bien trouver une alternative, d’autant que ces énergies fossiles sont à l’origine de tant de conflits, tant de guerre, avec leur cortège de morts.
On sait aussi que l’intervention de l’armée française au Mali est surtout destinée à protéger les intérêts des lobbys nucléaires… que le nucléaire est responsable de milliers de cancers, et que personne n’est à l’abri d’un accident majeur comme on l’a vu récemment au Japon. Le pétrole et le gaz sont aussi vecteurs de quantités de conflits, de pollutions, de dictatures : de l’Egypte à l’Iran, en passant par laRussie, le Nigeria, l’Irak, et tant d’autres pays, le jour ou les gouvernements décideront d’autres choix, ces conflits là n’auront plus raison d’être. Henri Kissinger n’avait-il pas dit : « contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations » ? lien
Alors, disent les promoteurs de la transition, il est grand temps de tourner la page…
Mais le message le plus important de ces promoteurs est peut-être de démontrer que la transition peut commencer à un niveau personnel, le plus petit niveau de transition, lequel peut commencer sur le balcon de chaque individu, dans son jardin, dans un hameau…sans attendre d’improbables décisions politiques.
Car comme dit mon vieil ami africain : « rire, c’est comme les essuie-glaces, ça permet d’avancer mais ça n’arrête pas la pluie ».

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